Évacuation et stockage passifs
Le troisième échelon de la stratégie de refroidissement se penche sur ce qui se passe à l’intérieur de l’enveloppe du bâtiment. Pour Joost Declercq, certains leviers restent encore sous-exploités. « Peu de concepteurs y pensent, mais il est intéressant de limiter les apports de chaleur internes. Les équipements qui dégagent beaucoup de chaleur n’ont pas leur place dans les espaces de travail. Dans les bureaux d’Archipelago, nous avons regroupé les ordinateurs les plus puissants, utilisés pour les logiciels de conception, dans un local séparé. Les collaborateurs y accèdent à distance depuis leur ordinateur portable, qui génère beaucoup moins de chaleur. En hiver, la chaleur produite dans cette pièce est récupérée via l’échangeur thermique ; en été, elle est directement évacuée vers l’extérieur. » Joost Declercq insiste aussi sur l’organisation des espaces : les petites pièces se réchauffent plus vite que les grands espaces ouverts, ce qui permet d’agir dès la conception.
Une autre piste consiste à exploiter activement l’inertie thermique du bâtiment. « La masse thermique agit comme une éponge : elle absorbe la chaleur le jour et la restitue la nuit, lorsqu’elle peut être évacuée à moindre coût par ventilation intensive. Pour tirer pleinement parti de ce phénomène, il faut prévoir cinq à dix renouvellements d’air par heure, contre environ deux pour une ventilation hygiénique classique. La ventilation naturelle offre ici une réponse simple et efficace, à condition de l’intégrer dès la conception. Une masse thermique masquée par des faux plafonds ou des plaques de plâtre ne peut pas jouer son rôle. La ventilation naturelle renforce ce principe sans nécessiter d’installations complexes. Il suffit de créer un effet de cheminée en prévoyant une ouverture en façade au niveau inférieur et une autre en partie haute du bâtiment, par exemple dans une cage d’escalier ou au niveau d’une fenêtre de toiture. Et pour les éventuelles préoccupations en matière de sécurité, les fenêtres oscillo-battantes ou les grilles sécurisées apportent une réponse adéquate. »
La logique est simple : lorsque la chaleur parvient malgré tout à pénétrer dans le bâtiment, la priorité doit être de l’évacuer passivement. Protections solaires, ventilation nocturne, isolation et inertie thermique constituent les principaux leviers d’action. Combinées, ces stratégies permettent de réduire les besoins de refroidissement de 60 à 80 % dans les bâtiments de bureaux, voire de les supprimer totalement dans certains projets résidentiels. C’est précisément dans ce contexte que les blocs de construction en céramique démontrent tout leur intérêt. Ils atténuent les variations de température en stockant la fraîcheur accumulée grâce à la ventilation nocturne. Le bâtiment se réchauffe ainsi plus lentement au cours de la journée, améliorant naturellement le confort intérieur.